Les attelages de cinéma (2)

Les reconstitutions

Les véhicules de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance ont tous disparu. Les rares exemplaires du XVIIe ou du XVIIIe siècle conservés dans les musées sont trop fragiles et précieux pour être exposés aux risques d’accidents liés aux conditions de tournage. On a donc recours dans la plupart des films à des fabrications modernes plus ou moins proches des modèles de l’époque où se déroule l’action, ou à d’authentiques voitures du XIXe siècle — elles sont encore relativement nombreuses — transformées et maquillées selon les besoins des scenarii.

En matière d’attelage, le cinéma ignore généralement l’exactitude historique. La forme et le décor des voitures réalisées pour les tournages sont souvent approximatifs ou même très éloignés de la vérité. Les anachronismes sont très fréquents. Dans bien des films dont l’action se situe au XVIIe ou au XVIIIe siècle, on voit des voitures du XIXe reconnaissables à leur suspension à ressorts à pincettes ou à huit-ressorts — inventés seulement en 1804 pour les premiers et en 1818 pour les seconds — et des chevaux portant des colliers anglais, pratiquement inconnus jusqu’au début du XIXe siècle.

Mais on a quelquefois réalisé des voitures et constitué des attelages crédibles dans leur ensemble ou même dans leurs détails :

  • les chars égyptiens dans Pharaon, de Jerzy Kawalerowicz, 1966 (avec Jerzy Zelnik),
  • les quadriges de la course de chars — dans Ben Hur, de William Wyler, 1959 (avec Charlton Heston et Stephen Boyd),
  • ou ceux de Gladiator, de Ridley Scott, 1999 (avec Russel Crowe),
  • les carrosses du Grand Siècle arrivant en cortège chez le prince de Condé au château de Chantilly, les chaises roulantes de parc et les voitures transportant la marée, dans Vatel, de Roland Joffé, 2000 (avec Gérard Depardieu, Uma Thurman, Arielle Dombasle),
  • la berline de style « rocaille » semant derrière elle des pièces d’or, dans La Folie des grandeurs, de Gérard Oury, 1971 (avec Louis de Funès et Yves Montand),
  • la turgotine et la chaise de poste dans Le Retour de Casanova, d’Édouard Niermans, 1991 (avec Alain Delon et Fabrice Luchini),
  • la berline de voyage et la chaise de poste fin XVIIIe siècle dans La nuit de Varennes, d’Ettore Scola, 1982 (avec Marcello Mastroianni, Jean-Louis Barrault et Anna Schygulla),
  • la diligence dans L’auberge rouge de Claude Autant-Lara, 1951 (avec Fernandel, Françoise Rosay, Carette).

 

Voitures de l’imaginaire et du rêve

Comme les décors, certaines voitures sont de pures créations qui contribuent au caractère merveilleux ou poétique de quelques films :

  • la berline blanche ornée de feuillages d’argent, tombeau de l’héroïne, glissant et disparaissant de nuit dans l’eau d’une rivière. Scène finale de Cartouche, Philippe de Broca, 1962, avec Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale.
  • un carrosse « fellinien » totalement fantaisiste : Casanova, Fellini, 1976, avec Donald Sutherland.
  • dans Peau d’âne (Jacques Demy, 1970, avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin) le carrosse blanc et or, intérieurement tapissé de plumes d’autruche blanches, allant au trot de deux chevaux blancs, harnachés d’or, attelés en tandem et se dirigeant sans cocher.

 

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